Tranches de vie

02 juin 2004

Déprime ?

Depuis qu'elle est sortie de l'hôpital on ne peut pas dire que ça va fort. Je sens comme une petite déprime. Pourquoi? Je n'en sais trop rien. Peut-être parce qu'elle se rend compte que sa vie n'a pas changé ormis ses cicatrices sur le ventre. Peut-être parce que les problèmes qu'elle avait mis de côté, en espérant qu'ils disparaitraient miraculeusement, ont bien sagement attendu qu'elle revienne dans le monde des vivants pour se rappeler à elle. Peut-être encore parce qu'elle aurait préféré ne pas revenir. Peut-être parce que je suis toujours là avec mon sale caractère. Qui sait?

En tout cas, je suis bien content qu'elle soit là de nouveau et quelles que soient les pensées secrètes qui peuvent la torturer je resterai à ses côtés. Je n'ai pas envie de la lâcher maintenant, elle est encore si fragile... mon bébé.

 

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30 mai 2004

En attendant son retour

Aujourd'hui elle sort de l'hôpital. Enfin, c'est ce qu'elle m'a dit hier soir au téléphone. Ça fera quatre jours qu'elle y sera restée, c'est plutôt un signe de bon rétablissement après l'opération qu'elle a subie.

Il y a deux semaines jour pour jour elle est allée consulter un médecin dans un hôpital de la ville et en montant à l'étage elle est passée devant le service de gynécologie. Cela faisait déjà plusieurs années que des douleurs la torturent chaque mois au moment des règles. Combien de médecins avait-elle déjà vus ? Dans combien d'hôpitaux et de cabinets ? Tous avaient dit la même chose ou presque, il n'y avait rien à faire sauf faire un bébé. Il paraît qu'il n'y a que ça à faire quand on a une endométriose. Mais venant de la bouche d'un médecin cela ne faisait pas très sérieux ni très professionnel.

Quelqu'un a-t-il demandé mon avis ? Et elle ? Devait-elle faire un bébé parce que les médecins n'avaient rien de mieux à proposer ? C'était dit, on se contenterait des médicaments prescrits par les médecins et puis … basta !

Comme il est facile de se l'imaginer, les médicaments épuisés n'ont pas été remplacés et les rendez-vous chez le médecin se sont espacés. De toute façons les douleurs ne sont jamais partis et les anti-inflammatoires de toutes sortes encombraient toujours notre armoire à pharmacie. On avait bien eu recours à la médecine chinoise mais les traitements étaient longs et ressemblaient davantage à une guerre d'usure contre la maladie. Seulement on ne savait pas qu'on perdrait à ce petit jeu parce que justement on n'avait pas le temps.

Les mois ont passés, nous nous sommes retrouvés pris dans les tourbillons de nos activités professionnelles, de nos rendez-vous en amoureux, d'ailleurs on en n'avait presque plus, et dans un pays classé numéro trois sur l'échelle mondiale de la compétitivité aucune faute n'est tolérée si on ne veut pas retourner à la case « départ » avec le nez par terre, ce qui était déjà un moindre mal. La pression a toujours existé mais là elle nous accompagnait au quotidien, veillant sur nous 24H/24H, prenant un malin plaisir à se rappeler à nous chaque fois que nous voulions nous en éloigner. Même au lit lorsque le désir était là il n'y avait plus aucun plaisir et parfois même plus aucune tendresse. Cela devenait dur à gérer et maintes fois nous avions eu envie d'écrire le mot « Fin » à notre histoire.

Pression, crise, dépression, deux mois plus tard, le dos au mur et moi l'y acculant elle décida d'aller consulter un psychiatre.

Première tentative ratée. Elle se déroba à la dernière minute juste avant que le taxi n'arrive. Deuxième tentative. J'ai sorti la grosse artillerie. J'ai appelé future belle-maman à la rescousse. Elle fut accompagnée jusqu'à la porte du cabinet.

Donc il y a deux semaines, alors qu'elle retournait à l'hôpital pour renouveler son ordonnance elle se retrouve par hasard, peut-être poussée par son instinct de survie ou encore répondant à un appel du ciel, devant le cabinet d'un gynécologue. Elle hésite puis elle se décide. Le médecin consulte encore, une chance. Prise de sang, examen, échographie.

-         Mademoiselle, votre cas est urgent. Il faut envisager une opération dans les plus brefs délais. Vous avez une adénomyose et elle a envahi plus de la moitié de votre utérus. En opérant sans tarder on aura une chance de le récupérer, sinon …

Choc.

S'ensuit un cours gratuit donné par le médecin, éminent professeur du CHU. Il lui explique son problème, le pourquoi du comment, photos à l'appui. Elle ne pouvait pas mieux tomber.

Elle sort du cabinet, effondrée. Son téléphone sonne, c'est moi qui appelle depuis le bureau.

-         Ca va, bébé ?

-         Nounours, je suis allée voir un gynéco et il dit que je dois me faire opérer, que c'est grave. Je vais peut-être perdre mon utérus dans l'histoire. Je ne pourrais peut-être plus avoir de bébé.

-         Si le gynéco te dit ça c'est qu'il a de bonnes raisons. Si tu veux, on peut prendre un deuxième avis. Parles-en à tes parents et on en rediscute ce soir. Ne t'inquiète pas trop, je t'aime, bisous !

         Putain ! Pourquoi cet acharnement de la vie à vouloir nous emmerder jusqu'au bout. Elle souffrait déjà terriblement cinq jours par mois et il fallait encore que s'y ajoute cette souffrance psychologique. « Je ne pourrais peut-être plus avoir de bébé » cette phrase résonna comme un écho dans ma tête. J'ai pris une profonde inspiration. Non, on en n'arriverait pas là. Elle subirait cette opération au plus vite, qu'on en finisse avec ce problème une fois pour toute. Jusque là on avait été trop gentil avec lui et le temps est venu de lui porter un coup de scalpel fatal.

         Lundi, rendez-vous avec un autre médecin de l'hôpital, le chirurgien qui l'opérera. Celui-là c'est le « maître ». Spécialiste ès « utérus » de renommée internationale. Toute les femmes ne jurent que par lui et un rendez-vous avec lui se prend au moins trois mois à l'avance. Mais, pour elle c'était différent, le ciel était avec elle et depuis qu'elle avait décidé de se battre tout marchait comme sur des roulettes. Lors de cette consultation une date est fixée pour l'opération. Ce serait le mercredi de la semaine suivante. Dix jours pour se préparer psychologiquement c'est pas beaucoup mais suffisant. Les dés étaient jetés on ne allait plus reculer maintenant que tout était planifié.

        Pour passer le temps et pour évacuer son stress elle se rend tous les jours dans les librairies et lit tous les livres qu'elle trouve sur l'adénomyose. Elle tombe aussi sur un livre écrit par son chirurgien, elle l'achète et le lit en un soir. Elle a l'impression de mieux comprendre le développement de la maladie, la différence entre l'adénomyose et l'endométriose, elle m'explique pour que je comprenne aussi et pour que je puisse mieux appréhender ce qui va arriver. On est deux et on continuera notre route à deux.

        La semaine est passée vite. Le travail nous a avalé comme d'habitude. Le week-end est déjà là. Notre dernier avant son opération, une petite crainte que ce soit le dernier, non, je chasse cette idée, elle ne viendra pas gâcher notre bonheur. Tout se passera bien et on fêtera nos retrouvailles.

        Samedi j'ai envie de la sortir, on va au cinéma, il y a un monde fou, c'est le premier jour de sortie de « Troie ». La queue est interminable, enfin notre tour arrive. Il est 15h mais toute les salles sont pleines jusqu'à 17h40. Bon, pas le choix et surtout pas envie d'avoir attendu tout ce temps pour rien.

        Très hollywoodien comme film, le scénario est un peu décevant mais nous avons passé un bon après-midi. Un concours de hip-hop se déroulait à l'extérieur et nous avons pu profiter de ce spectacle. Ça au moins c'est du sport.

        On rentre à la maison. J'ai envie de passer avec elle une soirée en amoureux, elle sourit, depuis sa dépression elle n'a plus envie de sexe mais elle est toujours là pour moi. Elle veut me faire plaisir et elle sait que ça me détend. Ce n'est pas le nirvana mais nous y arrivons quand même.

        Dimanche, J-2, la tension monte. Nous n'avons pas envie de nous lever. Allongés sur le lit, nous parlons de nous, de nos projets ensemble, d'elle, de son opération. Nous sommes inquiets et notre inquiétude est palpable. Qu'avons-nous fait ensuite, je ne sais plus trop mais le temps est passé vite. Nous sommes sortis faire quelques courses puis nous sommes rentrés.

        De nouveau couchés sur le lit, sa tête sur ma poitrine, sa place habituelle, nous parlons de l'opération, je lui dit que cela me fait un peu peur mais que j'ai confiance. Elle me répond qu'elle aussi a confiance et que les choses ne peuvent pas mal se passer. Alors pourquoi je sens encore comme une tension à l'estomac ?

-         Est-ce qu'il y a des choses que tu voudrais me dire ?

-         Non, dit-elle en me souriant, tu veux recueillir les derniers mots du maître ?

         Je sens que c'est un sourire forcé qui cherche à me réconforter. Ça ne marche pas mais je ne dis rien. Puis, une larme apparaît et coule le long de sa joue.

-         Qu'est-ce qu'il y a bébé ? Ne t'inquiète pas tout se passera bien.

-         Je m'inquiète pour toi. Tu as l'air si fatigué ces derniers temps. Il faut aussi que tu tiennes le coup. Je me sens si redevable envers toi après tout ce que tu as fait pour moi.

         Mes yeux s'embuent, je la prends dans mes bras et nous restons ainsi un long moment. Nous avons envie de faire l'amour. Faire l'amour pour laisser le corps dire ce que la bouche ne sait plus dire, pour se prouver qu'on est encore vivants, pour garder un peu de l'autre en soi. Cette nuit-là a été grandiose. Pour la première fois depuis plusieurs mois elle a retrouvé le vrai plaisir profond et intense d'avant et de savoir que j'y ai contribué est quelque chose de vraiment jouissif. Mon amour s'est déversé en elle alors que tout son corps vibrait sous moi. Nos corps avaient besoin de réconfort et en ont trouvé. Repos. Rideau.

         Lundi, J-1, le compte à rebours à commencé. Le temps de liquider les affaires courantes, de faire quelques achats de dernières minutes, elle rentre chez ses parents, ce soir elle ne viendra pas. Je comprends.

         Mardi, déjà ! Tout se passe normalement et le soir, comme convenu, je me glisse dans l'hôpital, je me fais passer pour un membre de sa famille et obtiens le droit de passer la nuit dans sa chambre. C'est une chambre pour deux et le lit voisin est occupée par une femme de trente-cinq ans qui a été opérée la veille. Son mari est à ses côtés. Un rideau nous sépare. Nous discutons jusqu'à tard dans la nuit, elle veut laisser un mot à ceux qu'elle aime. En attendant, je m'allonge à côté d'elle sur un lit d'appoint. Je m'endors. Elle me réveille avec un baiser.

-         Je n'arrive pas à dormir. Est-ce que tu veux bien venir à côté de moi dans mon lit rien que quelques minutes ?

Je ne peux rien lui refuser. Je m'installe en faisant grincer le matelas. Ça va, il n'y a rien à craindre, de l'autre côté du rideau on entend deux ronflements distincts qui s'élèvent à tour de rôle.

-         J'en ai envie ce soir, me dit-elle. Regarde, ils ont rasé ma toison ! ils appelle ça « traitement de la peau ».

-         Ça pique en plus, dis-je en riant devant son pyjama relevé jusqu'au nombril et en passant ma main sur son pubis.

Je pose ma main sur son sexe. Elle frémit. Lentement, je la caresse, j'embrasse ces endroits secrets qui me sont familiers mais qui me seront interdit dès le lendemain. Une abstinence de deux mois, pourvu que j'en sors vivant.

         Bientôt on n'entend plus que nos souffles et le grincement régulier du lit. Nous n'osons pas trop nous lâcher mais elle vient en même temps que moi. Elle me sert tellement fort que j'ai l'impression d'entrer dans son corps. Elle est à moi depuis le premier jour et me dit à sa façon qu'elle l'est toujours. Une larme coule, cette fois c'est moi qui pleure. Je m'en veux de ne pas pouvoir faire plus pour elle. Elle pleure aussi et cherche à me consoler. Je suis fatigué et elle me dit de dormir, qu'il est tard. Je ne me le fais pas dire deux fois et m'en vais voir Morphée.

         Sa mère arrive le lendemain matin. Il est 6h30, l'infirmière nous dit qu'elle passera la première. Je l'accompagne jusque devant la salle d'opération et je la confie à l'anesthésiste. Pendant quelques heures elle n'aura plus le contrôle sur sa vie, moi non plus.

-         Je reviendrai à midi, c'est promis.

Je rentre chez moi et j'essaye de dormir un peu. 1h30 de sommeil c'est tout ce que j'ai pu récupérer. Quelques coups de fil à mes clients pour leur dire que je les verrai plus tard dans l'après-midi, une douche en vitesse, je n'oublie pas d'utiliser ce gel qu'elle m'a offert et dont nous aimons tant le parfum, je saute dans un taxi direction l'hôpital. Il est 13h15, je suis en retard. La porte est ouverte, je pénètre dans la chambre. Je vois la convalescente de la veille avec son mari. Une femme s'active au fond de la pièce, je ne la connais pas, j'arrive devant le lit et je la vois. Elle est pâle, sans force, pas encore réveillée de son anesthésie. Je caresse son visage, elle entrouvre les yeux mais n'arrive pas à fixer son regard. Je ne sais pas si elle m'a vu. Mais je prends ses mains et je remercie le ciel que tout ce soit bien passé. L'inconnue revient, c'est la garde malade, je lui dis que je ne resterai pas longtemps, juste le temps de lui écrire un mot pour qu'elle sache que je suis passé comme promis. Je file à mon rendez-vous.

         La vie reprend ses droits, aujourd'hui est un nouveau jour, le pire est derrière pour nous et il nous reste à profiter du meilleur.

 

(…)

Le téléphone sonne, c'est sûrement elle …

 

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